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28/01/2013

Petit guide d'autodéfense du politologue

Nous sommes le 24 décembre. Vous venez de terminer de peine et de misère un semestre qui n'en finissait pas. Les travaux se sont accumulés jusqu'à former des gratte-ciels sur votre bureau et votre vie sociale s'est limitée à Tocqueville, Weber et Arendt. Les traits tirés, mais le sourire aux lèvres, ces tourments vous semblent de plus en plus lointains lorsque vous admirez le fabuleux arbre de Noël qui trône au salon. Tous sont pressés de savourer le festin gargantuesque préparé par Grand-mère : il y a de tout et en quantité, ce qui vous change des vulgaires sandwichs au beurre d'arachide qui constituent l'essentiel de votre alimentation depuis des semaines.

Votre oncle Maurice (ou insérez le prénom approprié ici), qui a déjà un petit verre dans le nez, choisit ce moment de plénitude absolue pour venir vous interroger d'un air narquois : « Il paraît que tu as commencé une maîtrise en science politique, mon petit. Veux-tu bien me dire à quoi ça sert? ». Pris par surprise, vous bredouillez une explication peu convaincante. Certains convives hochent la tête : ils ont la certitude que vos études sont parfaitement inutiles. Vous rougissez jusqu’aux oreilles ; c’est la déconfiture totale.

Cette situation vous est familière? Même si l'intervention de l'oncle Maurice est tout à fait inappropriée au réveillon, sa question est réellement intéressante : à quoi sert la science politique? Cet essai présente une ébauche de réponse à cette question fondamentale et, nous l'espérons, vous fournira un petit guide d'autodéfense qui vous sera utile lors du prochain réveillon.

1.      La science politique pour comprendre le monde

Dans un premier temps, vous pourrez expliquer à votre vieil oncle que la science politique sert à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Weber définit la politique comme « l'ensemble des efforts que l'on fait en vue de participer au pouvoir ou d'influencer la répartition du pouvoir soit entre les États, soit entre les divers groupes à l'intérieur d'un État ». La science politique est l’étude de ces luttes de pouvoir. Elle permet d'échafauder des théories et de créer des concepts qui tentent de les décrire.

Par exemple, différentes théories essaient d’expliquer les relations entre les États au sein du système international. Le réalisme voit les relations internationales comme un jeu de puissance où les États, unitaires et rationnels, compétitionnent dans un système anarchique. Le libéralisme se distingue du réalisme par l’importance qu’il donne aux acteurs non-étatiques, comme les organisations internationales, et par la présentation des relations commerciales comme un élément favorisant la coopération entre les États. D’autres théories, comme les théories institutionnelles, les théories de la dépendance ou encore le constructivisme jettent des éclairages différents sur les relations internationales en mettant de l’avant des concepts variés, comme les institutions, l’opposition entre le centre et la périphérie ou les normes et les valeurs. L’étude de ces théories permet d’améliorer notre compréhension du monde.

D’autres théories permettent d’expliquer les luttes de pouvoirs entre différents groupes à l’intérieur d’un État. La théorie des mouvements sociaux est l’une d’entre elles. Dans son livre Power in Movement, Sidney Tarrow nous explique que la légitimité d'une cause n'est pas une raison suffisante pour expliquer la formation d'un mouvement social : il existe des groupes victimes d’injustices horribles qui ne se mobilisent pas et d’autres groupes en comparaison plus favorisés où naissent des mouvements sociaux. Pour qu’émergent ces mouvements, il faut d'abord que la structure d'opportunité change, c'est-à-dire que de nouvelles conditions qui rendent la mobilisation possible apparaissent. Les groupes doivent alors tenter de mobiliser des ressources et d’établir un « cadre de sens » (framing meaning) qui résonne dans la population. Ils posent alors différents types d'actions collectives et poussent l'État à réagir, que ce soit par la répression ou la facilitation. Les différents concepts dégagés par Tarrow permettent d'expliquer, du moins en partie, l'émergence des mouvements sociaux qui secouent nos sociétés.

En somme, la science politique nous permet d'avoir une meilleure compréhension du monde dans lequel nous vivons en mettant en lumière différents aspects des phénomènes politiques à l'aide de théories et de concepts. Il y a toutefois fort à parier que Maurice ne trouvera pas cet argument convaincant. Pour un homme pratique tel que lui, l’amélioration des connaissances théoriques n’est pas suffisante pour affirmer que la science politique est utile.

2.      La science politique pour changer le monde

Dans un second temps, vous devrez donc expliquer à votre oncle Maurice que les connaissances que l'on peut tirer de l'étude de la science politique ont des implications pratiques utiles dans son quotidien : elles permettent, entre autres, de dénoncer des injustices, d’analyser des situations, de développer des stratégies ou de s’impliquer directement en politique et ainsi de transformer le monde dans lequel nous vivons.

Dans son livre Making political science matter, Bengt Flyvbjerg présente le concept aristotélicien de phronesis, qui est l'une des trois branches de la science avec l'epistêmê (le savoir scientifique) et la technê (l'art, la technique). La phronesis se définit comme la connaissance issue de l'expérience. Selon Flyvbjerg, les sciences sociales devraient se bâtir sur ces connaissances pratiques et non pas tenter de construire un savoir scientifique, ce à quoi elles échouent lamentablement de toute façon. En termes clairs, les sciences sociales comme la science politique devraient s'intéresser aux problèmes qui importent aux communautés locales, nationales et internationales et s’assurer de communiquer efficacement les résultats de ces recherches aux citoyens.

De nombreux chercheurs en science politique s'orientent dans cette direction. C'est le cas des auteurs Jacob Hacker et Paul Pierson, qui ont pris le rôle d'intellectuels engagés. Dans leur ouvrage The Winner-take-all Politics, ils se sont intéressés aux raisons pour lesquelles les inégalités se sont accrues aux États-Unis depuis les années 1970 aux dépens de la classe moyenne. Ils y déboulonnent le mythe selon lequel ce changement serait le produit de la mondialisation ou de l’éducation. En effet, l’accroissement des inégalités est principalement causé par des politiques publiques favorables aux super-riches. Ils terminent leur analyse en plaidant pour des réformes importantes du système.

L'auteur Michael Barnett prend également le rôle d’intellectuel engagé en dénonçant la faillite morale de l’Organisation des Nations Unies dans le cas du génocide rwandais. Dans son livre Eyewitness to a Genocide, il expose les raisons pour lesquelles l’organisation a tardé à agir malgré une bonne connaissance du degré de violence visible pour leurs observateurs sur le terrain. À travers une analyse de la situation, il réussit à mettre le doigt sur un problème important de l’ONU : la lourdeur et l’incapacité à réagir de sa bureaucratie, notamment du secrétariat, qui a omis de transmettre des informations importantes au Conseil de sécurité.

Les politologues ne se limitent pas au rôle d’intellectuels engagés, ils peuvent également mettre en lumière les mécanismes derrière les institutions politiques et œuvrer comme analystes. Dans le livre Des anthropologues à l’OMC, différents auteurs analysent la structure de l’Organisation mondiale du commerce et permettent de comprendre les mécanismes derrière les négociations entre les États sur le commerce. Abelès, notamment, analyse les négociations du cycle de Doha et met en évidence les divisions entre les pays en voie de développement, d’un côté, et les États-Unis et l’Europe de l’autre côté. Il souligne également le côté théâtral de ces rencontres. Ainsi, la science politique permet d’analyser des phénomènes politiques et à les rendre compréhensibles pour la majorité.

La science politique permet également de développer des stratégies afin d’influencer les décisions des autres acteurs dans une situation de conflit. Dans son livre Strategy of Conflict, Schelling utilise la théorie des jeux pour définir différentes stratégies qu’il est possible d’adopter lors de négociations. Par exemple, on peut choisir de contracter un engagement afin d’amener un acteur à agir dans le sens que l’on souhaite ou faire une menace pour tenter de le dissuader de poser une action qui nous serait défavorable. Une promesse peut être faite pour favoriser une réaction plutôt qu’une autre et il est également possible de contraindre l’autre acteur à faire quelque chose. La science politique peut donc être utile aux stratèges politiques qui cherchent à maximiser leurs gains.

Une autre application pratique de la science politique est bien-sûr d’être utile aux entrepreneurs politiques, c’est-à-dire les acteurs qui sont directement impliqués dans des groupes comme les syndicats, les partis ou les mouvements militants pour des causes diverses. Prenons un exemple récent. Le mouvement étudiant du printemps 2012 s’est servi de différentes études menées entre autres par l’IRIS afin d’illustrer d’une part le mal financement des universités et d’autre part les effets positifs des investissements en éducation. Ils ont également comparé la situation au Québec avec celle de nombreux autres pays de l’OCDE pour ce qui est de la contribution étudiante au financement des études supérieures. Ces bases théoriques leur ont permis de développer un argumentaire qui résonnait chez une partie de la population québécoise.

***

Le 24 décembre reviendra et avec lui son cortège de rituels : la décoration du sapin qui se dresse au salon, l’arrivée de votre famille et bien-sûr le festin préparé par Grand-mère. Attablé devant une assiette remplie de victuailles, vous guetterez du coin de l’œil votre oncle Maurice, qui s’approchera de vous avec un sourire en coin. Seulement, cette année, vous vous serez préparé avec la lecture du petit guide d’autodéfense du politologue. Lorsqu’arrivera la fameuse question, vous déballerez vos arguments : la science politique sert à comprendre le monde où nous vivons et à agir sur lui. Les politologues peuvent donc être théoriciens, mais aussi intellectuels engagés, stratèges, analystes ou bien entrepreneurs politiques. L’oncle Maurice haussera un sourcil, certains convives hocheront la tête : votre but sera atteint, on considèrera que vos études sont utiles!

Tout occupé que vous serez à célébrer votre victoire, vous ne vous intéresserez pas nécessairement à une autre question aussi importante que la première: à quoi sert de s’interroger sur l’utilité de la science politique? En mettant autant d’effort à démontrer qu’elle sert à quelque chose, vous entrez dans le jeu de votre oncle Maurice : définir la valeur des connaissances uniquement par leur effet sur le quotidien le plus immédiat. À l’instar de Flyvbjerg, vous risquez de louer les connaissances pratiques en rejetant du revers de la main les connaissances théoriques. La théorie n’a pas nécessairement d’implications immédiates dans notre quotidien, mais l’amélioration de la compréhension du monde dans lequel nous vivons a une valeur intrinsèque et ne devrait pas être négligée. Mais ça, Maurice ne le comprendrait sûrement pas.

Political Science: What is it Good For?

One of the questions I most dread being asked is: “What do you do?” Coming from a mostly working class background, I am one of the few members of my family who actually got a university education, let alone a second diploma. So when I tell them that I am currently pursuing my Masters in political science, I am almost always met with a confused look: “Um, what exactly is political science? You guys study politics?”. Their questioning inevitably leads me to embark on a convoluted and often confusing explanation of what exactly political scientists do, often leaving my listeners just as clueless as they were at the beginning.

For many, the political scientist is purely relegated to overt political activities, whether it be as politicians (although, ironically, politicians are more likely to hail from disciplines other than political science such as law or economics) or perhaps civil servants. Others still place us simply in academia, as observers sitting in an ivory tower discussing things that do not matter in everyday life.

I think the main reason for which the discipline is so hard to explain is that, like all social sciences, we ultimately study human behaviour. Human behaviour, unfortunately, is not readily defined nor always easily explained. The one thing I think we can hold constant, however, is the human will to survive, in other words, the driving force of our existence. At the very basis of this survival instinct is
the notion of power, for what is surviving without having the upper hand on someone or something else?

This notion of power can be examined through a variety of lenses and within different contexts. It is the political scientist who chooses to frame the way in which s/he perceives it. For as many behaviours we can observe, you can surely find a political scientist who has sought to explain and understand them. Indeed, as political scientists, we produce and validate concepts and theories of human action, as action is the exercise of power. Ultimately, we seek to develop the relationship between knowledge and power. Like all social sciences, this means political science can get messy.

Throughout the years, the discipline has come under fire for, quite simply, not being a real science, which has lead to some existential angst for its proponents. Indeed, the American Political Science Association, which held its 2010 annual review in Washington, itself questioned the importance of political science in a theme panel entitled “Is Political Science Relevant?”. The critics denounce social science for being incapable of producing research that is rigorous, predictive and has generalizable conclusions. This has lead many in the field to try and transpose the principles of the natural sciences in their work, to varying degrees of success. In doing so, one wonders how this is changing the field. Should we, as political scientists, aspire to be exactly like the natural scientist? We most definitely need to maintain a level of rigour within our research, but do the principles of natural science, such as universality, context-independency and cumulativeness, lead us to an unrealistic interpretation of human behaviour?

As Flyvbjerg suggests, we need to recognize that these natural scientific principles can only provide us partial knowledge on how we behave in everyday life. It is one thing to study an inanimate object in a controlled environment and a whole other thing to understand why people choose to vote or not. In Making Social Science Matter (2001), Flyvbjerg seeks to move away from these principles and proposes instead a more philosophical approach based on Aristotle’s notion of phronesis. He discusses the various forms of knowledge that any given expert will exert. Techne is knowledge understood for its instrumental capabilities, as a means to an end. Episteme is knowledge in the form of disinterested understanding, that is, knowledge for the sake of knowledge. Finally, phronesis is knowledge as practical wisdom. It is the exercise of using one’s knowledge within a particular logic guided by values and principles. It is therefore a combination of techne and episteme, with a dash of philosophical introspection.

Inspired by Weber, the emphasis is put on the idiographic nature of the expert’s work, rather than on its nomothetic nature. Indeed, our goal is not simply to “discover” laws or make predictions in order to explain a certain phenomenon. More importantly, we seek to understand it by giving meaning to actions. We can most certainly draw on principles of natural science. By solely relying on them, however, we would be compromising our ability to understand the importance of human behaviour in its varying historical contexts. As Flyvbjerg so eloquently puts it, “The task of phronetic social science is to clarify and deliberate about the problems and risks we face and to outline how things may be done differently, in full knowledge that we cannot find ultimate answers to these questions or even a single version of what these questions are.” (Flyvbjerg 140)

The political scientist, then, should be focused on the status of values and interests in society. It should not be about trying to reduce human experience to a formulaic concept. Rather, we should understand the study of political behaviour as a dialectic between different people, who interpret their lives and roles within society in a variety of ways. To deny these things would be to create a theory that disparages the dynamism of human experience and interpretation. Regardless of the attempts to regularize human behaviour, the fact remains it cannot be completely disassociated from its context.

This context-dependency in turn influences the role of the political scientist. Indeed, the area or the behaviour the political expert will choose to study can determine a different role for her/him within society. More generally, we find the role of the political analyst. Regardless of the type of political analyses the analyst may embark upon, at the core of her/his activities is the contextual examination of a situation whereby s/he observes and interprets a reality. What often becomes clear, as it did in Des anthropologues à l’OMC (2011) and through my experience at the Laval municipal council in November 2012, is that the reality is often muddled, confusing and, sometimes, downright disappointing. It is perhaps precisely for this reason that many in the field have sought to emulate the natural scientists who manage to produce clear and straightforward research. One has to wonder, though, if this has caused us to avoid asking bigger questions on issues of power and the state. Indeed, we often choose to look at smaller puzzles, interesting little quandaries that instead of trying to solve or better the larger, often unmanageable, problems of real life, simply act as a mental exercise for the solver. In this sense, the criticism of the academic in the ivory tower seems fitting. However, the political scientist can be much more than just an analyst.

At some point inour careers, many of us (and I do not just mean political scientists here) will find ourselves in some form of a bureaucracy.  Indeed, the bureaucratic model has proven to be one of the most efficient ways of running everything from a small business to a government. For the political scientist acting as a bureaucrat, chances are s/he has some hand in deciding public policy that has an effect on thousands of people in a society. While generally, it is the politician who wields the ultimate power of decision-making, it is the bureaucrat who greatly influences the process by handling information and giving recommendations. In fact, these seemingly invisible people can have a significant impact on the direction of a state’s engagement in any given situation. The reason why the bureaucratic model is so appreciated is that it provides structure, discipline and a supposed neutrality to the decision-making process. If this discussion so far has taught us anything, however, is that in real life things are not quite so black and white. Firstly, there is the whole question of the ethical standards of the bureaucratic culture. Should unelected officials exercise so much power?[1]Secondly, as was evident in Eyewitness to a Genocide (2002), it is impossible to completely de-politicize decision-making for the simple fact that we are dealing with human beings. Statistics and facts only get us so far when we are managing policies that impact the lives of people. Here again, we are confronted with our desire to develop clear-cut concepts and theories to make sense of a messy reality. We try to convince ourselves that we can undertake research and implementation that is completely objective. We simply cannot. I am not saying that this type of thinking has no place in political science. To the contrary, I believe that it should indeed be a starting point. Ultimately, however, the decision-maker will surely have to make a value judgment in order to come to a final decision. Subjectivity certainly has its place: ethics and morality most definitely come into play in the decision-making process. This brings us to another role for the political scientist.

The engaged intellectual, as opposed to the bureaucrat, is front-and-centre and seeks to play an active role in society. Indeed, s/he tries to merge intellectual theory and everyday practice in order to push for societal change. According to Edward Saïd (1993), an intellectual’s mission in life is to advance human freedom and knowledge. The intellectual achieves this sometimes as an outsider who seeks to disturb the status quo, other times as a member of society who addresses her/his concerns to the public as a whole. In either case, s/he is constantly balancing the public and the private in an effort to transfer knowledge between academia and the greater public. Jacob Hacker and Paul Pierson, two prominent American political scientists, do just that in Winner-Take-All-Politics (2010). In their bestseller, Hacker and Pierson sound the alarm in America: the level of inequality among its classes has risen dramatically in the last thirty years. They offer us a mid-range theory that develops a causal relation between individual variables (such as technology, the economy, the media, culture, the societal structure in place as well as the political institutions and actors) and the dependant variable, that of the increase in inequality. While their explanations are not always convincing, they are nonetheless based on a scientific method, whereby they observe inequality and come up with a set of causes and effects. However, to focus solely on the scientific quality of the work would be missing the fundamental point of it. The goal of this book, I think, was not really to create a theory, but rather to transform the boundaries of American society and to bring its people together for reasons of solidarity, to make them aware of a reality that is often lost in today’s political debate.

Similar to this figure is that of the political entrepreneur. As the economic entrepreneur is a driving force in the economy, the political entrepreneur is a driving force in politics. Indeed, s/he is an impetus for the evolution of political institutions. In this sense, Sidney Tarrow is a great example of one such entrepreneur as he seeks to develop a new theory of group dynamics and citizen engagement. In his aptly named Power in movement (1998), he provides us with a comprehensive explanation of causes, characteristics, dynamics and consequences of social movements, which he defines as “(…)collective challenges, based on common purposes and social solidarities, in sustained interaction with elites, opponents and authorities.” (Tarrow 9) Unlike Hacker and Pierson, Tarrow is not simply informing the public on a particular phenomenon, rather he seeks to provide a more developed theory of the relationship between power and human action in the sphere of contentious politics, in which “[c]ollective action becomes contentious when it is used by people who lack regular access to representative institutions, who act in the name of new or unaccepted claims, and who behave in way that fundamentally challenge others or authorities.” (Tarrow 7) In this sense, however, it is not just Tarrow who is the political entrepreneur. Indeed, social movements themselves and the individuals who constitute them can be understood as entrepreneurs as well as they seek to implement a new political project or discussion within their societies. In the end, the goal of all social movements is essentially to transform the socio-political landscape in one way or another. What Tarrow demonstrates is the power in human action, that is, the capability of a group in society to momentarily seize control of the dialogue by investing time and resources and by building coalitions in order to supply collective goods to the general public. In other words, as members of a society, we all have the power to make a change. Am I being too optimistic here? Perhaps. But, if Tarrow’s work has shown us anything, it is that throughout history, if the right combination of factors can be met, we truly can transform our social and political realities.

These are just some of the many hats that a political scientist can wear in society. The very fact that s/he can take on so many roles, I believe, is a testament the far-reaching scope of the field of political science. In studying the question of power and the state in its multiple forms, we can gain a better understanding not only of the individual human experience in relation to society and to its political institutions across historical contexts, but we can also interpret the existence of different societies based on a variety of values and interests.

It will soon be seven years since I’ve begun my life as a political scientist, and I have yet to completely understand the breadth and depth of this field. For me, that’s where the interest lies: knowing I can never know enough and will always be learning. So when I cannot explain what a political scientist does in a succinct manner, it is only because political science itself cannot be reduced to a simple explanation. Surely, one can say that the study of politics is essentially the study of issues of power and the state and how humans experience both. But I think in doing so we would be doing a great injustice to the field. While this can give people a basic understanding of it, it betrays the sheer amount of areas of study within the discipline itself and lacks the nuances we as political scientists provide. Indeed, as a political scientist, I see some concept or other playing out in everyday life.

So, is political science useful? Of course. One of its greatest advantages is that it exists on the border of the pure sciences and humanities: it helps us understand who we are and why we act the way we do. I think, however, that the field may be loosing its way. With political cynicism at a high in the Western world, as political scientists we should be at the forefront of the political discourse. As Rothstein says, in the end we “(…)need to focus on the problems that plague every system of governance.” (Rothstein 2005)



[1] These types of concerns can become crucial in extreme situations. Indeed, in Holocaust studies, one of the main issues has been to try and understand and explain why so many heinous acts were actually committed by the ‘ordinary bureaucrat’ (Rothstein 2005)

24/01/2013

À quoi sert la science politique? - Il était une fois… une pomme de terre

Prenez cette pomme de terre. À première vue, rien de plus ordinaire. Un légume qu’on savoure en purée, en croustilles ou en frites. Un tubercule qu’on cultive à travers le monde depuis 8000 ans. Mais il y a plus encore. Demandez à un cuisinier, un botaniste et un politologue comment ils la perçoivent. Le premier vous répondrait sans doute qu’il l’utilise dans plusieurs plats, qu’il peut habilement la couper en lanières ou en rondelles et que sa cuisson est simple. Le second aurait plutôt tendance à vous dire qu’il s’agit d’une plante faisant partie de la famille des solanacées, de son nom scientifique solanum tuberosum, et qu’elle possède des défenses naturelles qui l’aident à combattre efficacement ses ravageurs, les champignons et les insectes (Tania Oswaldo, 2010).

Et le politologue? Il la décrirait probablement comme le symbole évoquant l’une des plus terribles famines de l’Histoire récente, lorsqu’en 1845, un parasite s’attaqua aux récoltes des agriculteurs irlandais, alors dépendants de la culture de la pomme de terre. Il ajouterait sûrement que  la « Grande Famine » fit plus d’un million de victimes, entraîna le départ de près de deux millions de réfugiés vers les États-Unis, la Grande-Bretagne ou le Canada, mais également la révolte des Irlandais contre l’Empire britannique et l’émergence d’un nouveau sentiment nationaliste au sein du pays (Sean Duffy, 2002). Bref, que malgré les apparences, une patate est bien plus qu’une patate.

Comme l’avançait Aristote, entre les habiletés techniques du cuisinier (techne), les connaissances scientifiques du botaniste (episteme) et le « savoir pratique » du politologue (phronesis), il existe une complémentarité qui ne s’applique pas qu’à la pomme de terre et qui met la table pour une explication plus approfondie de ce à quoi sert la science politique : comprendre, interroger, lier et être.

Comprendre

Dans le langage courant et de manière générale, la définition de la science politique est double. Il s’agit d’un champ qui a pour but d’analyser « la nature, les fondements, l'exercice, les objectifs et les effets du pouvoir », mais également de procéder à « l'étude de l'État, de ses objectifs, des institutions qui permettent de les réaliser, des relations de l'État avec les individus membres et les autres États, et aussi de ce que les hommes ont pensé, écrit et dit sur ces questions » (Larousse, 2012).

Il n’est donc pas exagéré de le dire : la science politique est partout. Elle permet de comprendre comment les jeux de pouvoirs influencent la négociation d’un traité de non-prolifération nucléaire, tout comme la décision de construire une nouvelle école primaire dans un quartier défavorisé ou la mobilisation organisée contre un projet de barrage hydroélectrique. Le propre de la science politique, contrairement aux sciences dites « naturelles », c’est de prendre du recul et d’étudier l’intangible : les relations, les rapports de force, les interactions. La science naturelle s’intéresse au savoir quantifiable et démontrable, alors que la science politique, tout comme une panoplie de sciences sociales, regarde plutôt du côté de « l’expérience », qui ne se voit pas, mais qui est vécue chaque jour par des millions d’être humains. Elle cherche, sans toujours y parvenir, à comprendre ce que la science naturelle ne pourra jamais expliquer.

Le génocide rwandais, tel que raconté par le politologue Michael Barnett, en est un bon exemple. Ce qui est survenu en 1994 ne se résume pas au bilan des morts et à l’atrocité des images qui ont fait le tour du monde depuis. L’expression d’une telle violence pendant plusieurs mois est en partie le fruit d’un conflit interethnique, d’un contexte sociopolitique tendu et d’une inaction de la communauté internationale, elle-même causée par l’existence une « bureaucratie [onusienne] déshumanisante » (Michael Barnett, 2002). Ces explications sont-elles suffisantes? Sûrement pas. Nous permettent-elles de redonner la vie aux 800 000 Rwandais qui l’ont perdu cette année-là? Bien sûr que non. Mais elles offrent des pistes de réflexion pour mieux comprendre les causes d’une tragédie, en espérant que celles-ci nous permettent d’éviter de répéter à l’avenir les erreurs du passé.

Interroger

« Le point de départ [de la science politique], c’est de considérer qu’il n’y a pas d’explication définitive pour parvenir à une solution définitive, et qu’il n’y en aura probablement jamais » (Bo Rothstein, 2005). Cela étant dit, la science politique revêt une grande importance parce qu’elle permet de remettre en doute des acquis et de se questionner sur ce que nous vivons chaque jour. Elle permet d’émettre des hypothèses, d’oser s’interroger et ainsi d’éviter de sombrer dans l’immobilisme idéologique. Ce n’est qu’en remettant en question ce qui nous arrive ou ce qu’on nous présente comme étant la vérité qu’on peut avancer dans notre réflexion et innover.

Bien entendu, la science politique n’a pas le monopole du questionnement. Tout le monde peut et doit le faire, idéalement le plus souvent possible. Le médecin peut s’interroger sur les jeux de pouvoir au sein du système politique français, tout comme le politologue peut se demander quels sont les risques associés à une transfusion sanguine. La science politique se distingue toutefois de la simple interrogation dans la mesure où elle systématise le questionnement pour en faire le moteur d’une réflexion porteuse de sens.

Là encore, un exemple s’impose. Dans le best-seller Winner-Take-All Politics, Jacob S. Hacker et Paul Pierson se demandent comment le fossé entre les riches et les pauvres aux États-Unis a pu se creuser de manière aussi profonde au cours des dernières décennies. L’économie de libre-marché? La crise financière des dernières années? Non : le système politique américain mis au service de quelques fortunes et ce, au détriment des classes moyenne et pauvre (Jacob S. Hacker et Paul Pierson, 2010). La thèse des auteurs n’est pas incontestable, mais elle a l’audace de présenter une facette différente de cette inégalité, qui peut sembler inéluctable aux yeux de plusieurs. C’est dans cette remise en question et ce souci d’entraîner la réflexion en dehors des sentiers battus que la science politique tire toute sa pertinence.

Lier

Revenons aux trois types de savoirs définis par Aristote : le techne lié au savoir technique, l’episteme qui concerne le savoir scientifique et la phronesis, qui fait appel à l’application d’un savoir éthique dans une situation concrète ou pratique (Flyvbjerg, 2001). Bien que ces catégories ne soient pas exclusives les unes par rapport aux autres ou qu’elles ne permettent pas de diviser hors de tout doute la connaissance en trois grandes sphères bien définies, il apparaît évident que la distinction d’Aristote permet de comprendre les différentes déclinaisons du mot « connaître ».

La science politique trouve davantage sa place au sein de la phronesis, ce qui lui permet de jouer un rôle de « liant » entre les deux autres types de savoir. En effet, qu’est-ce qu’une connaissance technique ou un savoir scientifique, si l’une et l’autre n’existent et ne se mettent en pratique qu’en silo? Puisqu’elle concerne l’éthique, l’application d’un savoir pratique, voire même la « sagesse », la phronesis permet de donner un sens aux deux autres champs de la connaissance. Autrement dit, elle unifie les différentes catégories du savoir afin que celui-ci s’exerce d’une manière juste et raisonnée.

La grève étudiante de la dernière année constitue un exemple probant. Ce soulèvement des jeunes québécois contre la décision du gouvernement Charest de hausser de manière drastique les droits de scolarité des universités québécoises a pu exister et se maintenir en place pendant plusieurs mois, notamment parce qu’il a été alimenté par la mise en commun de talents et de savoirs divers. Au plus fort de la lutte estudiantine, des jeunes de différents milieux et de programmes variés se sont joints au mouvement, mais celui-ci n’a pu avoir un écho aussi grand que parce qu’il a été coordonné par des leaders et des syndicats qui comprennent les rouages du pouvoir politique.

Appliquée à une crise et à un mouvement du genre, la science politique semble évidemment essentielle pour unir les forces, rassembler les savoirs. Mais n’allez pas croire qu’elle ne peut s’exprimer que par le biais d’événements aussi ponctuels que le « printemps étudiant ». La science politique en est une de recul, d’idées, d’analyse des forces en présence. Son existence est donc primordiale pour combler le vide qui peut subsister entre le savoir technique ou la « connaissance pour la connaissance », lesquels ne sont réellement utiles à la société que s’ils sont orientés vers des objectifs précis et alimentés par une vision claire.

Être

Comprendre l’utilité de la science politique - et des sciences sociales de manière plus large - c’est aussi admettre qu’au-delà de son caractère analytique, de sa volonté de comprendre l’intangible et de mettre en commun des savoirs divers, elle forme des citoyens. Et ceci n’a rien d’une affirmation de nature philosophique lancée à tout hasard.

Allons-y d’une petite devinette. Qui a complété un baccalauréat en philosophie à l’UQAM en 1983, pour ensuite étudier en droit à l’Université de Montréal et éventuellement se retrouver à la tête d’un des plus grands empires médiatiques au pays? Le président et chef de la direction de Québecor, Pierre-Karl Péladeau. Une autre? Quel le nom de ce bachelier en sociologie de l’Université Laval qui a un jour déclaré : « Mes trois années de sociologie m’ont appris à cerner les rapports de force »? Un certain Régis Labeaume, maire de Québec (Isabelle Grégoire, 2012). Ce que démontrent ces deux exemples, c’est que les sciences sociales - qu’il s’agisse de la philosophie, de la sociologie ou de la science politique - ne mènent pas nécessairement à un emploi précis, mais forment des individus capables d’interpréter le monde, les contextes et les comportements d’une manière toute particulière.

Dans un article publié en novembre dernier dans L’actualité, dont le titre a de quoi faire sourire plusieurs politologues (« Sciences “molles”, avenir mou? »), plusieurs intervenants confirment la thèse qui veut que la science politique serve d’abord et avant tout à former des êtres humains critiques et éveillés. En parlant des leaders étudiants du printemps dernier, Louise Bienvenue, professeur titulaire au Département d’histoire de l’Université de Sherbrooke affirme par exemple que « beaucoup de gens ont été séduits par [leurs] compétences en communication, en argumentation et en analyse. Tous venaient des sciences humaines, preuve que nous formons des personnes bien équipées pour la vie citoyenne ». Plus loin, le président de la Fédération canadienne des sciences humaines et vice-recteur à la Recherche et aux Études supérieures à l’Université Concordia, Graham Carr, qualifie ses diplômés de « polyvalents, créatifs » et en mesure de « s’adapter à toutes sortes de situations » (Isabelle Grégoire, 2012).

Devenir un meilleur être humain grâce à la science politique, c’est bien, mais c’est utile aussi. La preuve : la compagnie Google a annoncé en 2011 que la majorité des 6000 personnes qu’elle comptait embaucher au cours de l’année à venir seraient des diplômés en arts et en sciences humaines (Isabelle Grégoire, 2012). Comme quoi la manière avec laquelle un politologue pense, réfléchit ou analyse ne se limite pas à son épanouissement personnel. Pour certaines entreprises et de nombreuses organisations, cela constitue une denrée fort utile.

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Imaginez un instant un monde sans science politique. Serions-nous moins en santé, mangerions-nous moins bien, voyagerions-nous de manière plus laborieuse? Vous avez raison d’en douter. Mais sans science politique, nous serions probablement condamnés à considérer le monde qui nous entoure, les jeux de pouvoirs qui s’y exercent et les décisions qui s’y prennent de la même manière que le cuisinier ou le botaniste voient la pomme de terre : un tubercule du nom de solanum tuberosum qu’on coupe bien souvent en rondelles ou en lanières. Sans plus.