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25/02/2010

Le choix du pétrole

Depuis le début de l'année, les adversaires du Premier Ministre Harper et leurs partisans des estrades virtuelles mettent à profit l'échec de Copenhague pour s'en prendre aux politiques environnementales du gouvernement fédéral et au non-respect par le Canada des engagements pris dans le cadre du protocole de Kyoto. La faute en revient évidemment à l'exploitation des sables bitumineux de l'Alberta et au laxisme de nos régulateurs. L'astuce est grossière et le débat présenté dans des termes simplistes. Reprenons la question: devrions-nous nous priver du bitume goudronneux des sables de l'Alberta?

Tout le pétrole est sale

Devant une image de Fort McMurray qui montre une pyramide de soufre au bord d'un lac glauque, il est normal de s'émouvoir de la dévastation des milieux naturels. L'environnement a toujours été la première victime de l'exploitation pétrolière et ce depuis Titusville en Pennsylvanie où ont eu lieu les premiers forages en 1859, jusqu'aux explorations récentes dans les profondeurs de la mer Caspienne. On a pollué le sol, l'eau, l'air et empoisonné les hommes. Non seulement nous n'avons pas de solution de rechange mais la situation ne peu que se détériorer davantage.

Les rendements des gisements de pétrole léger, les plus rentables, parce que moins cher à extraire et à transformer en carburants, diminuent alors que la demande augmente. Ce constat transformé en scénario catastrophe par la thèse du "peak oil", contribue à pousser les prix à la hausse en prédisant l'épuisement des stocks. C'est la cinquième fois dans l'histoire, rappelle Daniel Yergin, dans Foreign Policy (septembre 2009), que l'on annonce la fin du pétrole. Dorénavant les hydrocarbures seront plus difficiles à extraire, encore plus polluants et chers. Nous entrons dans l'époque du pétrole lourd et des carburants synthétiques.

Exporter la pollution

Supposons un instant que l'extraction des sables bitumineux soit interrompue. Il faudra alors importer l'énergie indispensable. Ce choix reviendrait à tirer avantage des pays où les normes environnementales sont moins contraignantes que les nôtres et où l'autorité des pouvoirs publics n'est pas en mesure de se faire respecter. Une manière, éprouvée depuis longtemps par les entreprises des pays riches, d'exporter la pollution.

Mais ce n'est pas seulement l'environnement des autres qui serait sacrifié. Le journaliste Peter Maass raconte dans Crude Oil (2009) comment depuis l'Iran de l'époque du Shah, au Venezuela de Chavez, les institutions politiques sont tombées, victimes de la folie du pétrole. On ne compte plus les conflits, nationaux et internationaux, les luttes pour l'indépendance qui ont pour toile de fond, l'appropriation par un groupe des richesses engendrées par les ressources naturelles. C'est le versant politique de la malédiction de la rente.

Il n'y a pas longtemps, il y en a qui souhaitaient interpeller avec force les dirigeants Chinois et les tancer sur le non-respect des droits de la personne. Le réalisme diplomatique nous a rendu, au prix de notre fierté, plus complaisants. Dans l'esprit qui nous animait alors, ne devrions-nous pas nous inquiéter aussi de l'origine de nos importations de pétrole?

En effet, pas loin de la moitié de nos importations provient de pays dont les systèmes démocratiques connaissent de très sérieux ratés. Ainsi selon Statistique Canada, en 2006, 20% des importations de pétrole brut du Canada provenaient d'Algérie, 8% d'Iraq (merci George W. Bush), 8% de l'Arabie Saoudite, 4% du Nigeria et 2,6% de l'Angola. Heureusement il y a l'Angleterre (15%) et la Norvège (22%) pour sauver la face.

Bref, devons-nous préférer le soutien indirect aux régimes autoritaires des pays producteurs, à la pollution albertaine et aux droits ancestraux des populations qui tirent leur subsistance de ces territoires?

Ces interrogations ne datent pas d'hier. En 1880, la demande de kérosène, qui servait à l'éclairage domestique, s'est mise à augmente plus vite que la production. Les prix s'emballèrent, on craignait la pénurie et le retour des villes à la noirceur. Faudra-t-il à nouveau importer l'huile de baleine de Nantucket?

Face à tant d'incertitude, il y avait heureusement au Québec un choix simple et rassurant par son évidence: le nationaliste conséquent préférait toujours l'huile de phoque.

01/02/2010

Rater la crise

(article paru dans La Presse lundi, le 25 janvier 2010)

L'économie canadienne connaîtra une croissance modérée en 2010 (2%) alors que se dissipent les effets de la récession. Le chômage reste élevé à 8,5% (décembre) mais moins qu'aux États-Unis et en Europe (10%). Que nos économies se relèvent aussi rapidement de la pire crise financière du capitalisme est un exploit remarquable à mettre au crédit de l'effort concerté du G20, des organismes internationaux de régulations, un temps décriés, et des politiques nationales de relance.

S'il n'est pas facile de dépenser des milliards, il est encore plus difficile de payer la facture. Les consultations pré-budgétaires nous le rappellent: c'est le temps de rembourser. Les impôts, taxes et tarifs, payent pour les services et les transferts. Ils servent à redistribuer de la richesse, à modifier des comportements et à orienter les choix de consommations. Prendre les moyens de combler le déficit représente aussi une chance pour le gouvernement d'orienter nos efforts vers une économie plus performante.

La destruction évitée

Le capitalisme est caractérisé par des cycles. La théorie affirme qu'au cours d'une crise, les activités les moins rentables disparaissent et qu'une partie des ressources rendues ainsi disponibles est dirigée vers des activités plus performantes. Sur le terrain, le déplacement du capital est une opération pénible marquée par des faillites d'entreprises, des pertes d'emplois, des fermetures d'usines et l'exode des professionnels les plus qualifiés. L'intervention publique vise à mitiger ces maux.

Le soutien aux banques a évité le rappel en cascade des marges et des prêts et a raccourci la période de gel du crédit. Par ailleurs les investissements massifs des divers programmes de relance ont contribué à soutenir la production et l'emploi. Les investissements publics ont maintenu en activité des entreprises moins performantes, alors que d'autres, plus rentables, ont disparu, victimes de mauvais payeurs. Au total, conséquence non voulue et inévitable de l'intervention publique, la restructuration n'a pas eu lieu et la productivité de l'économie n'a pas augmenté à la faveur de la récession.

Rembourser et construire

Le Québec y est allé de son effort de relance. Pour les finances de la Province, la crise a le mérite douteux de nous faire sortir de la fiction du déficit zéro, pour afficher un trou récurrent de plus de 4 milliards pour les prochaines années. Parce que tous les gouvernements sont très endettés, la demande de crédit crée une pression sur les taux d'intérêts. Si le prix de la dette augmente, c'est autant de moins pour les services. On le sent venir, il faut trouver de l'argent en augmentant les revenus puisque les coupures ont atteint leur limite. Comme le rappelait Coluche – citant Raymond Barre: "le bout du tunnel est pour l'an prochain".

Les problèmes comptables ne doivent pas nous faire perdre de vue l'importance de nous engager dans le développement durable et l'économie verte. Pour les seuls tarifs de l'électricité, les experts affirment que le gouvernement du Québec souffre d'un manque à gagner annuel de 2,3 milliards de dollars. C'est la valeur de la différence entre les tarifs résidentiels et commerciaux du Québec par rapport à la moyenne canadienne – eux-mêmes parmi les plus bas au monde (Rapport Montmarquette 2008).

En haussant les tarifs, le gouvernement du Québec recevrait une rente qui pourrait contribuer à résorber le déficit. L'autre effet est le changement des habitudes de consommation, suscités par cette augmentation. Des tarifs plus élevés vont faire diminuer le gaspillage et donc baisser la consommation. Le surplus ainsi libéré pourrait être exporté ou contribuer à retarder la construction et la mise en service de nouvelles installations.

Cette hausse des tarifs, à laquelle devrait s'ajouter une taxe sur les émissions de carbone, aurait un effet structurant bénéfique. Si les énergies traditionnelles sont plus chères, les énergies alternatives deviennent plus concurrentielles, l'éolien, le solaire, la géo-thermie sont abordables; ce qui crée en amont une demande pour la production des équipements qui servent à la production de ces énergies nouvelles.

Las des tergiversations et des complaisances, il est temps que le gouvernement prenne les décisions indispensables au développement de l'économie au risque de rater encore l'occasion offerte par la crise.