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14/05/2010

Al Gore a tort?

Ce texte est paru dans le journal La Presse, sous le titre « La dissidence muselée » en page A20, le 19 avril 2010.

Si Al Gore se trompait et nous entraînait dans son erreur? Le réchauffement et les gaz à effet de serre ne sont pas à mettre en cause. C’est leur relation qui demeure mal comprise. L’augmentation du CO2 dans l’atmosphère est-elle responsable du réchauffement climatique, ou est-ce au contraire la hausse des températures, causées par exemple par une plus grande activité solaire, qui provoquerait une augmentation des émissions des gaz à effet de serre, de la vapeur d’eau et autres particules en suspension? Le sens de la causalité, on l’aura compris, met en cause l’importance de la responsabilité de l’activité humaine dans les changements climatiques. Est-il permis de douter ou l’affaire, une fois pour toute, est entendue?

La science est politique

Le changement climatique est la grande affaire qui mobilise les meilleures ressources de la science et le monde politique. La cohabitation est difficile; la science n’aime pas les dogmes et la politique tolère mal la dissidence. Ni la climatologie, qui se propose d’expliquer les causes des changements climatiques, et encore moins la météorologie, qui étudie les phénomènes atmosphériques, n’apportent de certitude. Pour l’une comme pour l’autre, les séries d’observations sont trop courtes et imprécises, si bien qu’il faut recourir aux modèles, lesquels, tout aussi sophistiqués soient-ils, exigent le recours à des hypothèses simplificatrices. Le procédé autorise des conclusions, mais au prix d’une marge d’erreur – source de doute - qui peut être importante.

Claude Allègre est un géochimiste respecté et un homme politique. Il a été ministre de l’éducation, de la recherche et de la technologie sous le gouvernement Jospin. Dans un livre récent, il dénonce L’imposture climatique (Paris, Plon 2010). Il aime manifestement la controverse et s’en donne à cœur joie. D’un même souffle, il met en cause les travaux et interprétations des scientifiques du climat, les méthodes de travail du Groupement international pour l’étude du climat (GIEC) créé en 1988 par les Nations Unies, les dirigeants de partis environnementalistes et les journalistes. Inutile de dire qu’il ne lui reste plus beaucoup d’amis, la tradition républicaine de la lapidation à coup de pavés suit son cours.

Les khmers verts

Le CO2 augmente, c’est un gaz à effet de serre, donc son augmentation dans l’atmosphère provoque une élévation de la température; le raisonnement est imparable. Al Gore a frappé les imaginations en présentant dans son film une courbe en forme de bâton de hockey, présentant une projection de l’augmentation des taux de CO2 dans l’atmosphère accompagnée d’une courbe montrant la hausse de température qui s’ensuivrait. Il s’avère, nous dit Allègre, que les observations climatologiques montrent que les deux phénomènes ont évolué, dans l’histoire ancienne et récente, de manière indépendante. Il y aurait donc plusieurs causes, autres que le CO2, au réchauffement de la planète.

L’autre dimension de l’imposture concerne ce qu’Allègre appelle la stratégie du consensus. Il s’en prend aux exagérations, inspirées par le GIEC, amplifiées par les médias et reprises par les politiciens. Chaque rapport (www.ipcc.ch/) est plus alarmiste que le précédent. Parce le message s’use, les membres du GIEC doivent parler fort et d’une seule voix. S’il y a dissension les politiciens concurrents se contrediront et alors l’opinion des scientifiques ne sera pas entendue (page 190). Qui dit consensus ne veut pas dire unanimité, mais les voies dissidentes, au risque de déplaire, sont rares; muselées prétend Allègre.

Les méthodes de travail du GIEC, trop soucieux de conforter le consensus, ont fait l’objet de critiques sérieuses. Des erreurs ont été commises et ont été reconnues. L’enjeu est considérable car la thèse du changement climatique est devenue facteur de cohésion sociale – tout le monde est vert - et inspire des choix politiques et économiques aussi fondamentaux, car ils modifient profondément nos modes de vie, que coûteux.

La vache folle, le passage informatique à l’an 2000, la grippe aviaire puis la grippe H1N1, illustrent autant le rôle primordial de la science, que sa récupération politique entraînant des mesures parfois excessives de précautions. La protection de l’environnement ne se fera pas à coups de pavés; d’où l’importance de séparer savoir et pouvoir.