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23/02/2009

Mon hybride attendra

(Ce texte de la rubrique Conjoncture est paru dans le journal La Presse, lundi 23 février 2009 en page A16)

Énergie, environnement et économie; ces trois mots formaient le mantra du ministre Flaherty pendant la rédaction du budget de janvier. Mais la production et l'emploi dominent nettement. Il est surtout question de crédits aux entreprises, de soutenir les travailleurs, et d'encourager la consommation par des réductions d'impôts.

La crise est trop soudaine. Les marchés périclitent, les gouvernements sont en mode sauvetage. Objectif relance. Désolé, mais l'environnement et l'énergie attendront.

L'innovation passe un tour

Quelques économistes dogmatiques et des fonctionnaires libertarians jubilent quand une belle crise annonce un ouragan de "destruction créatrice". Pas plus que le mantra du ministre des Finances, le volontarisme n'imposera l'énergie propre.

La thèse de la "destruction créatrice" est une vieille idée, associée à l'économiste autrichien Joseph Shumpeter (1883-1950). Il affirme que l'innovation est le moteur de la croissance. Ainsi, la firme qui innove supplante celles qui vendent des produits dépassés ou qui utilisent des techniques de production obsolètes. Le processus décrit en est un de long terme, qui aide à comprendre le rôle de l'innovation dans les révolutions industrielles.

Heureusement qu'en démocratie, la politique s'en mêle et en situation de crise nos gouvernements s'empressent d'intervenir pour sauver les emplois et aussi parfois leurs amis patrons.

Pour soutenir l'innovation il faut un marché porteur, c'est-à-dire un marché concurrentiel et en croissance, qui existait avant la crise. Pour investir il faut du crédit. C'est justement aujourd'hui ce qui manque le plus: je garde mon auto, la nouvelle hybride attendra.

Une économie pétrolière

Le bilan est bien mince, malgré une longue période de croissance et beaucoup de sensibilisation aux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Alors que la consommation énergétique a augmenté de 26% (1992-2007), les nouvelles énergies dites propres (brûler des déchets et transformer le maïs en alcool) ne représentent que 4,7% de l'offre totale, l'éolien et le solaire 0,1%.

L'énergie, pétrole, gaz et un peu d'électricité, représente 30% de nos exportations. L'agriculture industrielle des céréales, des équipements agricoles aux engrais, fonctionne à base d'hydrocarbures. L'automobile est notre principal secteur manufacturier d'exportation. Enfin l'indice boursier de Toronto et le taux de change du dollar fluctuent avec le brut. Bref, le pétrole est partout

À $37 le baril, l'énergie bon marché est un soulagement pour les manufacturiers et les travailleurs. C'est aussi la cause principale du déficit commercial du Canada.

Rien dans notre dépendance au pétrole ne changera avant la reprise de la croissance marquée par le retour du crédit et l'augmentation des prix de l'énergie.

Il est facile de déplorer le manque de vision des gouvernements. Les catastrophes ne sont pas propices aux changements. Au contraire, il est probable que les nécessités de la relance donnent une nouvelle vie aux vieilles technologies polluantes et qu'il faudra attendre que la croissance s'installe pour nous en débarrasser, pour adopter les nouvelles technologies et entrer dans l'ère du développement durable.